À 4 h 30 du matin, mon mari est rentré chez nous et m’a demandé le divorce pendant que je tenais notre fils de deux mois contre ma poitrine.
Je me souviens de l’heure exacte parce que l’horloge du four affichait 4:30 lorsque la serrure a tourné.
J’étais dans la cuisine depuis presque une heure.
Noé ne dormait que lorsqu’il était contre moi, alors je l’avais installé dans une écharpe de portage et je préparais malgré tout le repas que les parents de Julien attendaient pour leur visite du matin.
Chez les Delcourt, même l’épuisement d’une jeune mère devait rester discret.
Julien est entré avec sa cravate desserrée, sa chemise froissée et son téléphone à la main.
Il n’a pas demandé comment allait le bébé.
Il n’a pas demandé pourquoi j’étais encore debout.
Il a regardé la table dressée, les plats alignés, puis moi.
« Je veux divorcer. »
Une seule phrase.
Je crois qu’il attendait quelque chose de spectaculaire.
Des larmes.
Des questions.
Une crise assez bruyante pour pouvoir raconter ensuite à sa famille que j’étais émotionnellement instable.
Je n’ai rien donné de tout cela.
J’ai simplement éteint la cuisinière.
Noé a remué contre ma poitrine.
« D’accord », ai-je répondu.
Julien a cligné des yeux.
« D’accord ? C’est tout ? »
Je suis passée devant lui.
Dans la chambre, j’ai sorti une vieille valise grise du placard et commencé à emballer les affaires les plus importantes : couches, lait, vêtements pour Noé, médicaments pour nourrisson, quelques vêtements pour moi, mon ordinateur professionnel inutilisé depuis mon congé maternité et une chemise contenant les documents d’identité de notre fils.
Julien est apparu dans l’encadrement de la porte.
« Où vas-tu ? »
« Ailleurs. »
Il a laissé échapper un petit rire.
« À cinq heures du matin avec un bébé ? Élodie, sois raisonnable. »
Cette phrase aurait autrefois suffi à me faire douter de moi.
Depuis deux ans, les Delcourt utilisaient des mots comme raisonnable, fragile et sensible pour transformer leurs exigences en normalité.
Après notre mariage, j’avais progressivement cessé de voir mes collègues.
Puis j’avais quitté les missions les plus longues.
Lorsque je suis tombée enceinte, la mère de Julien avait commencé à décider quels repas je devais préparer pendant leurs visites.
Son père m’interrompait dès que je parlais de finance.
« Élodie est brillante avec ses tableaux », disait-il en riant, « mais les vraies entreprises sont plus compliquées que les audits. »
Le plus ironique était qu’avant de devenir Mme Delcourt, j’étais précisément la personne que des entreprises engageaient quand leurs comptes devenaient trop compliqués.
J’avais dirigé un petit cabinet spécialisé dans la détection d’anomalies comptables.
Trois ans plus tôt, Delcourt Distribution avait racheté notre technologie de contrôle interne.
Une partie du prix avait été payée en espèces et une autre sous forme d’actions représentant huit pour cent du groupe.
Mon contrat prénuptial classait ces actions parmi mes biens propres.
La famille n’aimait pas en parler.
Moi non plus.
Jusqu’à cette nuit-là.
À 5 h 12, j’ai installé Noé dans sa voiture et quitté la propriété.
Julien est sorti sur le perron en chaussettes.
« Élodie ! Reviens.
On n’a même pas parlé des conditions. »
Je n’ai pas répondu.
Je suis allée chez Marianne Bérard, mon ancienne mentor.
Elle avait été directrice de