Pendant deux ans, il pleura sa femme… jusqu’à ce médaillon

Pendant deux ans, Adrien Beaumont avait organisé son deuil comme on organise une entreprise en crise : avec des horaires précis, des rituels immuables et aucune place pour l’imprévu.

Chaque premier jeudi du mois, à 16 h 40, il quittait le siège de Beaumont Industries à Genève, montait dans une berline noire et demandait au chauffeur de l’emmener au cimetière de Cologny.

Il emportait toujours onze roses blanches.

Jamais dix.

Jamais douze.

Onze, parce que Claire lui avait offert onze roses le soir où elle lui avait demandé, en riant, pourquoi les hommes étaient toujours supposés faire les demandes en mariage.

Huit ans plus tard, cette plaisanterie était devenue un souvenir qu’Adrien protégeait plus jalousement que sa fortune.

Claire Beaumont était officiellement morte le 14 novembre, deux ans plus tôt, dans l’incendie de sa voiture sur une route secondaire au-dessus du lac Léman.

À trente-quatre ans, elle avait laissé derrière elle une fondation caritative, plusieurs projets immobiliers, des centaines de lettres de condoléances et un mari qui n’avait jamais réellement accepté ce qu’on lui avait annoncé.

Le véhicule avait été retrouvé contre un mur de pierre.

L’incendie avait détruit presque tout l’habitacle.

Selon le rapport officiel, l’identification avait été confirmée grâce au dossier dentaire fourni par le médecin privé de la famille, le docteur Armand Keller.

Adrien avait demandé à voir Claire.

Victor Lemaire, son associé et meilleur ami depuis l’université, l’en avait empêché.

« Ne fais pas ça à ta mémoire d’elle », lui avait-il dit en le tenant par les épaules.

« Souviens-toi de son visage tel qu’il était. »

Adrien, détruit, avait cédé.

Ce choix allait le hanter.

Le premier jeudi d’octobre, la pluie tombait presque horizontalement lorsque Adrien s’agenouilla devant la tombe.

Il posa les roses.

La pierre portait le nom de Claire, ses dates de naissance et de décès, puis quatre mots qu’il avait choisis lui-même : Aimée au-delà du temps.

« Je n’ai toujours pas compris pourquoi tu étais partie seule cette nuit-là », murmura-t-il.

Une voix féminine répondit derrière lui.

« Parce qu’elle savait que quelqu’un voulait la tuer. »

Adrien se retourna.

Une jeune femme se tenait à quelques mètres, trempée jusqu’aux cheveux.

Elle avait environ vingt-cinq ans, un manteau beige trop fin et une petite cicatrice au-dessus du sourcil gauche.

« Qui êtes-vous ? » demanda Adrien.

« Nora Vidal. »

Il attendit.

« Ma mère s’occupait de votre femme après sa disparition. »

Adrien se redressa.

« Ma femme n’a pas disparu.

Elle est morte. »

« Non. »

Le mot fut prononcé sans agressivité.

Cela le rendit encore plus violent.

Adrien fit un pas vers elle.

« Vous pensez être la première personne à inventer quelque chose autour de sa mort pour obtenir de l’argent ? »

« Je ne veux pas votre argent. »

« Alors pourquoi êtes-vous ici ? »

Nora sortit de sa poche un petit médaillon ovale.

Adrien sentit son ventre se contracter.

Il l’avait acheté dans une petite boutique à Annecy huit ans plus tôt.

À l’intérieur se trouvait une photo d’eux prise le jour de leurs fiançailles.

Il reconnaissait même l’éraflure sur le côté.

Le médaillon avait appartenu à Claire.

Et selon le rapport funéraire, il avait été placé dans son cercueil.

« Où avez-vous eu ça ? »

« Claire me l’a

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