Elle A Donné Son Foie, Puis Son Mari L’a Vendue

Élise Caron s’est réveillée avec la sensation qu’on lui avait vidé le corps et abandonné l’âme dans une pièce trop blanche.

La douleur était d’abord venue par vagues lentes, puis comme un feu sous les côtes.

Elle ouvrit les yeux sur un plafond fissuré, une ampoule pâle, un rideau qui pendait mal sur sa tringle.

Sa bouche était sèche.

Sa langue avait le goût du métal.

Pendant plusieurs secondes, elle ne sut pas où elle se trouvait.

Puis la mémoire revint.

La clinique privée de Sainte-Claire.

Les examens sanguins.

La chemise bleue qu’on lui avait donnée avant le bloc.

Le visage de Marc penché au-dessus d’elle, tendre jusqu’à en devenir presque enfantin.

« Quand tu te réveilleras, je serai là », avait-il murmuré.

Élise avait donné une partie de son foie pour sauver Armand Vidal, son beau-père.

Pendant des semaines, toute la famille l’avait entourée d’une gratitude presque écrasante.

Armand, fondateur d’un groupe immobilier connu dans tout Lyon, était malade, disait-on.

Les médecins cherchaient un donneur compatible.

Sa femme était trop fragile.

Marc ne pouvait pas donner, prétendait-il, à cause d’un problème ancien de coagulation.

Puis les résultats d’Élise étaient tombés.

Compatible.

À partir de ce jour, elle était devenue indispensable.

Armand lui avait pris les mains dans son salon aux murs couverts de tableaux chers, les yeux humides, et lui avait dit : « Après ça, ma fille, tu seras vraiment de notre sang. »

Elle l’avait cru.

Élise tourna lentement la tête.

La chambre n’était pas la suite de repos que Marc avait décrite.

Il avait parlé de fleurs, d’un fauteuil pour dormir près d’elle, d’une infirmière dédiée, d’un soleil doux sur les stores.

Ici, il n’y avait qu’un verre d’eau hors de portée, une couverture rêche et l’odeur âcre du désinfectant.

Elle tenta de lever la main vers la sonnette.

Ses doigts bougèrent à peine.

Un frisson froid lui traversa la nuque.

Elle venait de sacrifier une partie d’elle-même pour les Vidal, et personne n’était là.

La porte s’ouvrit.

Pendant une seconde, son cœur bondit.

Marc.

Il entra en costume gris, parfaitement rasé, ses chaussures brillantes presque déplacées dans cette chambre triste.

Il ne ressemblait pas à un mari bouleversé.

Il ressemblait à un homme en avance pour une réunion.

Derrière lui, Armand Vidal apparut dans un fauteuil roulant, un plaid sombre sur les genoux, le visage pâle mais les yeux étonnamment vifs.

À côté de Marc marchait Inès Delorme, son assistante personnelle.

Élise l’avait vue plusieurs fois lors de dîners d’entreprise : élégante, silencieuse, toujours trop proche de Marc pour que cela paraisse innocent.

Inès portait une robe crème et une veste courte.

Elle avait ce calme doux des femmes qui savent déjà qu’elles ont gagné.

« Marc… » souffla Élise.

« L’opération… ton père va bien ? »

Marc s’approcha du lit.

Elle crut qu’il allait lui prendre la main.

Il posa une pochette cartonnée sur son ventre.

Le bord rigide frappa exactement près de l’incision.

La douleur explosa.

Élise se replia malgré elle, un cri étranglé coincé dans la gorge.

Des larmes lui montèrent aux yeux, moins par faiblesse que par choc.

Marc ne retira pas la pochette.

« Ce sont les papiers du divorce », dit-il.

« Mon avocat a tout préparé.

Tu signes quand l’infirmière t’apportera un stylo. »

Élise le regarda,

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