cicatrice.
Marc se raidit.
« Docteur, ce n’est pas le moment. »
Samuel Renaud ne le regarda même pas d’abord.
Ses yeux allèrent vers la pochette posée sur le ventre d’Élise, puis vers le chèque, puis vers Inès et Armand.
Enfin, il fixa Élise.
« Madame Caron », dit-il, d’une voix contenue, « il faut que vous sachiez une chose.
Votre greffe n’a jamais été destinée à monsieur Vidal. »
Le monde s’arrêta.
Élise entendit un bruit dans sa poitrine, comme un coup porté contre une porte.
Marc fit un pas vers le médecin.
« Sortez. »
« Non. »
Ce simple mot changea l’air de la pièce.
Armand posa les mains sur les accoudoirs du fauteuil.
Inès recula presque imperceptiblement.
Élise ne comprenait pas.
Les mots du chirurgien tournaient dans sa tête sans s’accrocher à rien.
« Pas destinée à monsieur Vidal ? » répéta-t-elle.
Samuel approcha du lit avec lenteur.
« J’ai découvert après votre transfert en salle de réveil qu’un second dossier avait été ouvert sous un code confidentiel.
Le nom du receveur final n’était pas celui que vous aviez signé. »
Marc parla entre ses dents.
« Faites attention à ce que vous dites. »
« J’ai fait attention pendant trop longtemps », répondit le médecin.
Élise tenta de se redresser.
La douleur lui coupa le souffle, mais elle s’appuya sur son coude.
« Où est-ce qu’elle est ? » demanda-t-elle.
« La partie de mon foie… où est-elle ? »
Le docteur Renaud ouvrit le dossier.
Les pages tremblaient légèrement dans sa main.
« Elle a été transplantée à un homme admis sous identité protégée.
Un investisseur étranger qui négociait avec le groupe Vidal.
Les consentements portent des signatures numérisées.
La vôtre, celle de monsieur Vidal, celle d’un coordinateur.
Mais plusieurs éléments ne correspondent pas.
Les heures, les codes d’accès, les images de caméra. »
Élise regarda Marc.
Il ne nia pas assez vite.
Ce silence fut un aveu.
« Tu m’as vendue », murmura-t-elle.
Inès porta une main à sa bouche.
« Marc… dis que ce n’est pas vrai. »
Marc se tourna vers elle avec irritation.
« Ne commence pas. »
Alors Inès comprit, elle aussi.
Pas toute l’histoire, peut-être, mais assez pour que son visage perde sa couleur victorieuse.
Armand, lui, gardait le regard dur.
« Samuel », dit-il, « vous oubliez à qui appartient cette clinique en grande partie. »
Le médecin ferma le dossier.
« Je n’oublie rien.
C’est pour ça que j’ai fait une copie. »
Marc éclata d’un rire bref.
« Une copie ? Vous pensez vraiment qu’une copie vous protège ? »
« Non », dit Samuel.
« Mais elle protège madame Caron. »
Élise sentit une émotion étrange monter en elle.
Pas de l’espoir.
Pas encore.
Quelque chose de plus dur.
Une étincelle.
Depuis des mois, Marc l’avait guidée doucement vers le piège.
Il avait organisé les rendez-vous médicaux, rempli certains formulaires quand elle était épuisée, insisté pour qu’elle ne parle de rien à sa sœur afin de ne pas inquiéter tout le monde.
Il l’avait accompagnée chez le notaire pour des procurations soi-disant nécessaires.
Chaque geste tendre avait un crochet caché.
Elle se souvint alors d’un détail.
Deux jours avant l’opération, une infirmière lui avait apporté un formulaire à signer en urgence.
Élise avait demandé