la punir. »
Je me suis assise en face d’elle.
« Le compromis a été signé avant qu’elle m’annonce son projet de Noël. »
Yvette a semblé surprise.
« Elle ne m’a pas dit ça. »
Je lui ai expliqué mes raisons : l’entretien devenu difficile, les escaliers, mon poignet, ma solitude, mon envie de vivre autrement.
Elle m’a écoutée sans m’interrompre.
Puis elle a demandé :
« Et les gens qui viennent de loin ? »
« Je suis sincèrement désolée pour eux.
Mais je n’ai jamais donné mon accord. »
Yvette a baissé le regard.
« Ma fille m’avait assuré que tu adorais recevoir. »
« J’aimais recevoir quand j’étais invitée à participer à la fête.
Pas quand j’étais chargée de la préparer pendant que les autres s’amusaient. »
Elle a observé les cartons empilés près de l’escalier.
Pour la première fois depuis son arrivée, sa voix s’est adoucie.
« Tu déménages vraiment. »
« Oui. »
Elle a laissé passer quelques secondes.
« Alors il faut qu’elle trouve une solution. »
Je n’ai pas répondu.
Cette phrase était la première chose raisonnable que j’avais entendue depuis la veille.
Après son départ, Thomas m’a téléphoné.
Il avait parlé à Valérie et découvert l’étendue des sommes collectées par Diane.
« Je vais m’assurer que tout le monde soit remboursé », m’a-t-il dit.
« Avec ton argent ? »
« S’il le faut.
Mais je veux d’abord qu’elle rende ce qu’elle a reçu. »
Je lui ai demandé s’il connaissait la destination de ces sommes.
Il a hésité.
« Elle m’a avoué qu’une partie avait déjà servi à payer un séjour que nous avions prévu après Noël.
Elle comptait remettre l’argent avant que quelqu’un le remarque. »
J’ai fermé les yeux.
Voilà donc pourquoi Diane tenait tant à ce que je cuisine gratuitement.
Elle avait promis une prestation, encaissé les contributions, puis prévu d’utiliser mon travail pour que personne ne voie la différence.
« Maman, je suis désolé », a murmuré Thomas.
Je voulais croire qu’il comprenait enfin.
Mais une excuse ne pouvait pas effacer cinq années de silence.
« Ce que je voudrais, Thomas, ce n’est pas seulement que tu sois désolé aujourd’hui.
C’est que tu ne trouves plus jamais normal qu’on me traite ainsi. »
Il n’a rien répondu pendant un moment.
« Tu as raison. »
Le lendemain, je suis partie avec une petite valise, un sac contenant quelques photographies et le carnet de Paul.
Avant de fermer la porte, j’ai traversé lentement la maison.
J’ai touché la rampe de l’escalier, l’encadrement de la porte du salon, puis le bois du buffet.
Je n’avais jamais imaginé qu’il serait aussi difficile de quitter un endroit que j’avais tant désiré quitter.
J’ai eu peur de commettre une erreur.
Puis j’ai regardé mon poignet, mon reflet dans la vitre et cette cuisine où j’avais travaillé tant de fois jusqu’à l’épuisement.
Et j’ai compris que les beaux souvenirs n’obligeaient pas à répéter éternellement les mauvaises habitudes.
J’ai refermé la porte.
Lucie m’attendait à la gare.
Elle avait apporté deux cafés et une écharpe supplémentaire, car le vent était particulièrement froid.
Lorsqu’elle m’a vue, elle n’a pas demandé si j’étais certaine de vouloir partir.
Elle m’a simplement pris ma valise.
« Alors, on va enfin penser un peu à toi ? »