rencontre, il avait posé trois questions sur Élodie et neuf sur mon entreprise.
« Vous détenez encore la majorité des parts ? » avait-il demandé au dessert.
J’avais souri.
« Je croyais que nous parlions de votre voyage à Vancouver. »
Il avait ri.
« Déformation professionnelle.
J’adore comprendre comment les entreprises sont structurées. »
Élodie lui avait donné un petit coup d’épaule affectueux.
« Il fait ça avec tout le monde. »
J’avais voulu croire que son intérêt était simplement maladroit.
Onze mois plus tard, ils étaient fiancés.
Lorsque les préparatifs avaient commencé, j’avais proposé un budget raisonnable.
Le budget avait rapidement perdu toute signification.
La salle : trente-deux mille dollars.
Le traiteur : dix-huit mille.
Les fleurs : huit mille.
Le photographe et la vidéo : onze mille.
La robe d’Élodie : cinq mille quatre cents.
Chaque dépassement arrivait avec une explication urgente.
Le premier acompte de Vincent avait été refusé parce que sa banque, disait-il, avait bloqué sa carte.
Un autre paiement avait été retardé parce qu’un client tardait à régler une facture.
Puis, six mois avant le mariage, il m’avait demandé de garantir une partie d’un prêt professionnel.
Vela Productions venait prétendument de décrocher plusieurs contrats importants et devait acheter des écrans LED, des projecteurs et du matériel sonore.
Le financement total devait atteindre cent vingt mille dollars.
Élodie était venue seule m’en parler.
« Ce n’est pas de l’argent que tu dépenses », avait-elle insisté.
« Ton nom rassure juste la banque. »
J’avais refusé.
Elle était repartie furieuse.
Deux jours plus tard, elle m’avait rappelée en pleurant.
« Tu ne lui donnes jamais sa chance. »
Cette phrase m’avait blessée davantage que je ne voulais l’admettre.
J’avais donc accepté une garantie limitée à quarante mille dollars avec obligation de recevoir les comptes trimestriels.
Je n’avais jamais reçu ces comptes.
À la banque, Marc m’a demandé de le suivre dans un bureau fermé.
Sur son écran apparaissait bien ma garantie de quarante mille dollars.
Mais deux demandes de crédit supplémentaires avaient également été préparées au cours des trois derniers mois.
L’une pour quatre-vingt-dix mille dollars.
L’autre pour cent soixante mille.
Elles n’avaient pas encore été débloquées, mais les dossiers citaient Beaumont Structures comme soutien financier potentiel et contenaient plusieurs chiffres tirés de nos rapports internes.
« Ce document n’est pas signé par vous », a précisé Marc.
« Mais quelqu’un semble préparer une demande sur la base de votre capacité financière. »
Une société revenait dans les deux dossiers : North Crest Holdings.
Son adresse m’était familière.
Je ne savais pas encore pourquoi.
Je suis sortie de la banque sans appeler Élodie.
À la place, j’ai appelé Naomi Chen, notre directrice financière.
« Je veux tout ce que Vincent Roche, Vela Productions ou une société appelée North Crest Holdings ont demandé à Beaumont Structures ces deux dernières années. »
Naomi n’a posé aucune question inutile.
Quarante minutes plus tard, j’étais dans son bureau.
Elle avait déjà trouvé une anomalie.
Vincent lui avait écrit la semaine précédente pour demander notre tableau d’endettement, la liste des principaux actionnaires et une estimation actualisée de plusieurs biens immobiliers détenus par l’entreprise.
« Il a dit que tu préparais une réorganisation patrimoniale avant le mariage », m’a expliqué Naomi.
« Tu lui as envoyé quelque chose ? »
« Non.