décision à un enfant difficile.
Luc s’arrêta devant ma valise.
« Papa, ne rends pas ça plus compliqué.
La maison a été vendue. »
« Sans moi ? »
« On en a parlé pendant des mois. »
« Parler de vendre une maison et la vendre sont deux choses différentes. »
Sophie s’approcha.
« André, personne ne veut te faire de mal.
On t’a trouvé une résidence formidable.
Le premier mois est déjà payé. »
« Avec quel argent ? »
Elle hésita une fraction de seconde.
Luc répondit à sa place.
« Ça n’a pas d’importance. »
Je regardai les fenêtres.
Les rideaux du salon avaient disparu.
« Où sont mes affaires ? »
« Une partie est dans un entrepôt », expliqua Luc.
« On triera tout avec toi. »
« Et les affaires de ta mère ? »
Il baissa les yeux.
« Elles sont en sécurité. »
Le ton me donna envie de le frapper.
Je n’en fis rien.
Sophie me tendit le dossier beige.
« Voici les documents pour la résidence.
Tu peux venir dormir chez nous ce soir. »
Je ne pris pas le dossier.
« Et si je refuse ? »
Luc serra la mâchoire.
« Papa, tu oublies des choses.
Tu t’entêtes.
Tu prends des risques.
Si nécessaire, on peut demander qu’on évalue ta capacité à gérer tes affaires. »
Cette menace fut presque un soulagement.
Élodie avait prédit qu’elle viendrait.
Plusieurs notes trouvées dans les courriels de Sophie parlaient déjà de rendez-vous médicaux, de confusion et de sécurité.
Elles construisaient un récit dans lequel je devenais progressivement un vieil homme incapable de prendre des décisions.
J’étais veuf.
Je vivais seul.
Et si leur plan fonctionnait, ma résistance elle-même deviendrait une preuve de mon prétendu déclin.
Je sortis mon téléphone.
« Qui appelles-tu ? » demanda Sophie.
« Personne. »
J’envoyai à Élodie : Ils ont changé la serrure.
Sa réponse apparut presque immédiatement.
Nous sommes au coin de la rue.
Moins de deux minutes plus tard, une berline noire se gara devant la maison.
Élodie en sortit la première.
Nadia la suivit, accompagnée de Me Roy, le notaire représentant l’acheteur potentiel.
Luc devint livide.
« Qu’est-ce qu’ils font ici ? »
Élodie monta l’allée sans se presser.
« Bonjour, Luc.
Bonjour, Sophie. »
Elle posa un dossier épais sur le capot de leur voiture.
« Avant de parler de la serrure, j’aimerais que nous clarifiions la vente. »
Elle sortit un document.
« André est toujours le propriétaire légal de cette maison.
Le transfert a été bloqué. »
Luc cligna des yeux.
« Bloqué ? »
« Oui. »
Puis elle lui montra une deuxième feuille.
« Maintenant, expliquez-nous pourquoi la société qui devait acheter l’immeuble a été créée par Martin Gervais, votre associé, et pourquoi Sophie apparaît dans les documents bancaires liés au compte qui devait recevoir une partie des fonds. »
Sophie retira brusquement sa main du bras de Luc.
« Je ne sais pas ce que vous racontez. »
Élodie poursuivit.
La maison avait été volontairement sous-évaluée dans la transaction.
Martin Gervais devait l’acheter par l’intermédiaire de sa nouvelle société, puis la revendre après quelques travaux cosmétiques.
Le bénéfice potentiel approchait deux cent mille dollars.
Mais ce n’était pas tout.
Le produit de la première vente devait