heures, nous étions seulement sept adultes autour de la grande table.
Mon père.
Ma mère.
Thomas.
Élise.
Manon.
Juliette.
Et moi.
Noé et la fille de Juliette, Léa, regardaient un film dans le salon.
La scène avait quelque chose d’irréel.
Des assiettes abandonnées.
Des bougies presque consumées.
Des verres à moitié pleins.
Mon père a parlé pendant presque une heure.
Il n’a pas demandé pardon immédiatement.
Je lui avais interdit de se cacher derrière ces mots.
Alors il a expliqué.
Il a raconté sa peur, sa lâcheté, la pression de ma mère, mais surtout ses propres décisions.
Il n’a pas essayé de transformer Françoise en responsable unique.
« J’aurais pu venir te voir », a-t-il dit à Juliette.
« Je ne l’ai pas fait. »
Elle le regardait sans pleurer.
« Je sais. »
« J’ai envoyé de l’argent parce que je pouvais me raconter que je faisais quelque chose. »
« Je sais aussi. »
Il baissa la tête.
« Mais je n’étais pas ton père. »
Juliette resta silencieuse longtemps.
Puis elle répondit : « Non.
Tu étais mon père.
Tu n’étais simplement jamais là.
C’est différent. »
Personne ne sut quoi dire après cela.
Ma mère tenta finalement de se défendre.
Elle expliqua qu’elle avait quatre jeunes enfants, qu’elle avait peur de perdre son mariage, sa maison, sa réputation.
Juliette l’écouta.
Puis elle demanda simplement : « Est-ce que vous me détestiez ? »
Ma mère fut prise au dépourvu.
« Non. »
« Alors pourquoi fallait-il que je n’existe pas ? »
Françoise ouvrit la bouche.
Aucun son ne sortit.
Pour une femme qui avait toujours une réponse, ce silence ressemblait peut-être à la première réponse honnête de la soirée.
Vers une heure du matin, Noé s’était endormi sur le canapé.
Je l’ai porté jusqu’à ma chambre.
Lorsque je suis redescendue, Juliette était seule sur la terrasse.
Je me suis assise en face d’elle.
« J’ai cru pendant environ dix minutes que papa avait oublié mon prénom parce qu’il vieillissait », ai-je dit.
Elle a souri faiblement.
« J’aurais préféré être oubliée pendant dix minutes. »
La phrase aurait pu être cruelle.
Elle ne l’était pas.
C’était simplement vraie.
« Tu savais pour moi ? » lui ai-je demandé.
« Je connaissais vos quatre prénoms depuis longtemps. »
Elle a regardé ses mains.
« Ma mère avait gardé une vieille coupure de journal où votre père avait été photographié avec vous lors d’une fête scolaire. »
Je n’ai pas su quoi répondre.
« Je vous regardais parfois et j’essayais d’imaginer laquelle de vous me ressemblait. »
« Et ? »
Elle m’a regardée.
« Toi. »
J’ai ri malgré moi.
« Mauvaise nouvelle. »
Elle a ri aussi.
Ce fut notre premier moment de sœur.
Petit.
Inattendu.
Presque gênant.
Le lendemain matin, ma mère n’était plus là.
Elle avait laissé un mot à mon père disant qu’elle rentrait chez eux et qu’elle avait besoin de réfléchir.
Autrefois, j’aurais probablement passé la journée à m’inquiéter pour elle.
Cette fois, je ne l’ai pas appelée.
Nous avons pris le petit déjeuner tous ensemble dans la cuisine.
Juliette avait apporté des croissants.
Léa et Noé comparaient leurs jeux sur leurs téléphones.
Mon père semblait avoir vieilli de dix ans en une nuit.
À un moment, il a regardé autour