Le jour où Élise Vautrin a découvert qu’elle était enceinte, elle a pleuré avant même d’avoir quitté la salle de bains.
Deux traits roses étaient apparus sur le test.
Nets.
Indiscutables.
À trente-six ans, après deux fausses couches précoces et plusieurs années à repousser la question des enfants parce que la vie semblait toujours trop chère, trop compliquée ou trop fragile, Élise n’avait plus vraiment osé espérer.
Elle resta plusieurs minutes assise sur le bord de la baignoire, le test entre les doigts, à observer son propre reflet dans le miroir.
Puis elle rit doucement au milieu de ses larmes.
« Cette fois, reste avec moi », murmura-t-elle en posant une main sur son ventre encore plat.
Elle trouva Marc dans la cuisine de leur appartement marseillais.
Il découpait une pêche au-dessus de l’évier tandis qu’un journal télévisé parlait à faible volume derrière lui.
« Marc ? »
Il leva à peine les yeux.
Élise s’approcha, incapable de retenir son sourire.
« Je suis enceinte. »
Le couteau s’immobilisa.
Pendant une seconde, elle attendit l’explosion de joie qu’elle avait imaginée.
Un rire.
Une étreinte.
Même un silence bouleversé.
Rien ne vint.
Marc posa lentement le couteau sur la planche.
« Répète. »
« Je suis enceinte. »
Son regard descendit vers le test.
« C’est impossible. »
Le sourire d’Élise disparut.
« Impossible ? »
« J’ai subi une vasectomie il y a deux mois. »
Elle fronça les sourcils.
« Oui, mais le chirurgien nous a expliqué qu’il fallait attendre le contrôle avant de considérer l’intervention comme efficace. »
« Ne commence pas. »
« Je ne commence rien.
Il a dit qu’il pouvait rester des spermatozoïdes pendant plusieurs semaines. »
Marc eut un petit rire sec.
« Tu me prends vraiment pour un imbécile. »
La phrase suivante fut prononcée presque calmement.
« C’est qui, le père ? »
Élise sentit une pression lui saisir la poitrine.
« Toi. »
« Non. »
« Marc, je n’ai jamais été avec quelqu’un d’autre. »
Il détourna la tête comme s’il ne supportait plus de la regarder.
« Il fallait bien que ça finisse par sortir. »
Cette remarque la troubla davantage que l’accusation.
« Que quoi finisse par sortir ? »
Mais Marc ne répondit pas.
Le soir même, il remplit une valise.
Élise le suivit jusqu’à la chambre.
« Tu pars vraiment sans même appeler ton médecin ? »
« Je n’ai rien à vérifier. »
« Si.
Les faits. »
« J’ai assez vu les faits. »
Il plia deux chemises, prit son chargeur et son nécessaire de toilette.
Élise remarqua alors quelque chose qui lui fit froid dans le dos : il savait exactement quoi emporter.
Rien n’était improvisé.
« Où vas-tu ? » demanda-t-elle.
Marc ferma la valise.
« Chez Chloé. »
Le prénom resta suspendu entre eux.
Chloé Reynaud travaillait avec Marc dans une agence immobilière haut de gamme.
Élise la connaissait.
Trois mois auparavant, Chloé avait dîné chez eux, complimenté la cuisine d’Élise et raconté en riant qu’elle enviait leur stabilité.
« Chloé ? » répéta Élise.
Marc prit sa veste.
« Elle, au moins, ne me ment pas. »
La porte claqua.
Ce fut le début d’une semaine où la douleur d’Élise prit une forme publique.
La sœur de Marc vint chercher