»
« Je vérifie. »
Claire entendit des touches de clavier.
« Elle l’est. »
« Faites monter la robe noire de ma grand-mère depuis les archives de la fondation. »
Étienne ne répondit pas tout de suite.
Cette robe avait été portée par Hélène Varenne lors du gala où la fondation familiale avait repris le contrôle d’une entreprise au bord de la faillite, vingt-deux ans plus tôt.
Elle n’était ni extravagante ni particulièrement moderne, mais elle avait une coupe intemporelle et une valeur symbolique immense pour ceux qui connaissaient l’histoire de la famille.
« Vous êtes certaine ? » demanda-t-il.
« Oui. »
« Les bijoux ? »
Claire regarda sa main nue.
Elle avait retiré son alliance sans même s’en rendre compte.
Elle la posa sur la table de la cuisine.
« Seulement la broche en onyx de ma grand-mère.
Rien d’autre. »
« Et le conseil ? »
Claire inspira lentement.
« Prévenez-les à vingt heures trente que je présiderai la réception.
Pas avant. »
« Compris. »
Elle allait raccrocher lorsqu’Étienne ajouta :
« Claire…
est-ce que cela concerne Julien ? »
Elle regarda une dernière fois le jardin.
« Il vient de m’apprendre quelque chose d’important sur mon mariage. »
Étienne ne demanda rien de plus.
« La voiture sera chez vous dans vingt minutes. »
À dix-neuf heures quarante-cinq, Julien descendait d’une berline devant le Beaumont avec Camille Dervaux.
Les photographes internes de Marlowe Crest prenaient des clichés devant une arche florale installée dans le hall.
Camille portait une robe couleur champagne et une veste courte assortie.
Elle avait hésité avant d’accepter l’invitation de Julien.
« Claire est vraiment d’accord avec ça ? » lui avait-elle demandé deux jours plus tôt.
Julien avait répondu sans la regarder :
« Claire déteste ce genre de soirées. »
C’était faux.
Claire ne détestait pas les soirées.
Elle détestait les gens qui y changeaient de personnalité.
Mais Camille n’avait aucun moyen de le savoir.
À vingt heures, le grand salon du Beaumont était rempli de dirigeants, partenaires, cadres supérieurs et membres du conseil.
Julien se déplaçait avec assurance entre les groupes.
Il serrait des mains.
Il riait.
Il présentait Camille sans préciser exactement ce qu’elle faisait à son bras.
Pendant quelques minutes, il se sentit invincible.
Philippe Dervaux, le père de Camille, lui donna une tape sur l’épaule.
« Belle ascension, Martin. »
« Merci, monsieur. »
« Ne m’appelez plus monsieur.
Vous entrez dans une autre catégorie maintenant. »
Julien sourit.
Cette phrase confirmait tout ce qu’il voulait entendre.
Une autre catégorie.
Une autre vie.
La vie dans laquelle Claire n’avait plus sa place.
Puis, à vingt heures trente-deux, plusieurs membres du conseil consultèrent presque simultanément leur téléphone.
Julien remarqua le changement.
Antoine Delmas quitta une conversation et se dirigea vers le couloir privé.
Philippe Dervaux fronça les sourcils en lisant un message.
Une administratrice venue de Genève demanda discrètement au serveur de déplacer son couvert vers la table centrale.
« Il se passe quelque chose ? » demanda Julien.
Philippe releva les yeux.
« La présidente vient. »
« Quelle présidente ? »
Philippe sembla étonné par la question.
« La présidente Varenne. »
Julien connaissait le nom, évidemment.
Tout le monde chez Marlowe Crest connaissait le nom Varenne.
Mais la présidente de la structure