Le milliardaire venait incognito au café, jusqu’à ce que son testament révèle pourquoi

tisane, un verre d’eau et un minuscule papier glissé sous la soucoupe.

Prenez soin de vous.

Le café peut attendre.

Il lut la phrase deux fois.

« Vous faites toujours ce genre de choses pour vos clients ? »

Claire haussa les épaules.

« Seulement pour ceux qui ont l’air assez têtus pour ignorer leur médecin. »

Marcel replia le papier avec soin et le glissa dans sa sacoche de cuir.

« Ma femme me disait exactement la même chose. »

Ce fut la première information personnelle qu’il donna.

Sa femme, Éléonore, était morte quatre ans plus tôt.

Après cela, ses enfants avaient commencé à insister pour qu’il ralentisse.

Au début, Marcel avait pris leurs inquiétudes pour de l’affection.

Son fils Étienne lui répétait qu’il avait mérité de se reposer.

Sa fille Solène lui envoyait des brochures de résidences privées en Suisse et sur la Côte d’Azur.

Puis les suggestions étaient devenues des décisions prises à sa place.

Un rendez-vous déplacé sans lui demander.

Un dossier qu’on ne lui envoyait plus.

Un conseil d’administration où Étienne répondait à sa place.

Enfin, un rapport médical avait circulé parmi certains dirigeants.

Il évoquait des troubles de mémoire et recommandait de réduire l’implication opérationnelle de Marcel.

Le problème était simple : Marcel n’avait jamais autorisé ce document.

Et lorsqu’il avait interrogé le médecin dont la signature apparaissait au bas de plusieurs pages, celui-ci avait nié avoir rédigé certains passages.

À partir de ce moment, Marcel avait cessé de se comporter comme le fondateur d’un empire.

Il avait commencé à observer.

Au café, Claire ne savait rien de tout cela.

Elle connaissait seulement un homme âgé qui venait à 8 h 15, choisissait la même chaise et regardait souvent la pluie derrière la vitre.

Ils parlèrent peu à peu de choses ordinaires.

Des travaux dans la rue.

Du prix des fruits.

D’un voisin de Claire qui jouait de la trompette à des heures impossibles.

D’un livre que Marcel avait oublié sur la table et qu’elle lui avait gardé pendant trois jours.

Jamais il ne parla de ses millions.

Jamais elle ne lui demanda ce qu’il avait fait dans la vie.

Cette absence de curiosité intéressée le toucha plus qu’il ne voulait l’admettre.

Un matin, Maud observa les deux euros qu’il avait laissés dans la coupelle.

« Tu dépenses plus d’énergie avec lui qu’avec une table de six. »

Claire continua d’essuyer le comptoir.

« Il est poli.

Il ne réclame rien.

Et il paie. »

« Il bloque une table. »

« À huit heures du matin, il ne bloque rien du tout. »

Maud leva les yeux au ciel.

Marcel, qui revenait des toilettes, entendit la fin de la conversation.

Il ne dit rien.

Ce soir-là, dans son appartement dominant la Saône, il ouvrit sa sacoche de cuir.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs carnets, des copies de relevés bancaires, une clé en laiton et le petit mot de Claire.

Il posa le papier près d’une photo d’Éléonore.

« Tu aurais aimé cette fille », murmura-t-il.

Puis il reprit son enquête.

Depuis six mois, il suivait des transferts effectués par trois sociétés liées au groupe.

Les montants étaient suffisamment faibles pour disparaître dans les flux d’une multinationale, mais suffisamment nombreux pour représenter des millions.

Un ancien comptable, Paul Serrat, avait accepté de l’aider.

Il

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