allait mal.
Claire n’avait jamais demandé à son fils de choisir un camp.
C’était une règle.
« Ton père reste ton père », répétait-elle.
Même les soirs où elle avait de bonnes raisons de ne pas être généreuse.
Quand Marc avait épousé Élise quatre ans plus tôt, Claire avait fait le même choix.
Elle s’était montrée polie.
Elle avait accepté les nouveaux horaires.
Elle avait même envoyé un message de félicitations après leur mariage.
Mais Élise transformait tout en compétition.
Un dîner devenait une comparaison de revenus.
Une photo de vacances devenait la preuve que Théo avait « enfin une vraie vie de famille ».
Un cadeau devenait un rappel de ce que Claire ne pouvait pas offrir.
Claire supportait cela tant que Théo n’était pas placé au milieu.
Ce matin-là, pourtant, Élise était allée plus loin.
« Cette place m’a été réservée par mon fils », dit Claire.
Élise haussa les épaules.
« Il a peut-être changé d’avis.
Les adolescents disent beaucoup de choses pour ne blesser personne. »
« Il a dix-huit ans.
Et il sait exactement ce qu’il dit. »
Marc ferma les yeux une seconde.
« Claire », murmura-t-il enfin.
« Pas aujourd’hui. »
Elle eut presque envie de rire.
« Je n’ai encore rien fait. »
« Alors ne commence pas. »
La phrase lui coupa le souffle.
Voilà donc la version de l’histoire qu’ils avaient choisie : Claire serait le problème avant même d’avoir ouvert la bouche.
Elle sortit son téléphone.
Le message de Théo était toujours là.
Elle aurait pu le montrer à l’employée.
Elle aurait pu exiger un responsable.
Elle aurait probablement obtenu sa place.
Mais autour d’eux, les familles remplissaient rapidement la salle.
Des parents prenaient des photos.
Des grands-parents cherchaient leurs petits-enfants parmi les rangées de sièges.
La musique d’entrée allait commencer.
Claire rangea son téléphone.
« Viens », dit-elle à Nadia.
« Tu vas vraiment les laisser faire ? »
« Je vais laisser Théo avoir sa cérémonie.
Ce n’est pas pareil. »
Elles allèrent au fond.
Il n’y avait plus de siège libre.
Un membre du personnel leur permit de rester contre le mur, près des doubles portes surmontées d’une lumière verte.
Claire posa son sac à ses pieds.
De là, elle voyait à peine la scène.
« J’ai envie de lui arracher son sourire », souffla Nadia.
Claire regarda Élise sortir son téléphone pour prendre une photo de Marc au premier rang.
« Moi aussi », admit-elle.
La musique commença.
Les diplômés entrèrent deux par deux.
Claire reconnut Théo immédiatement.
Il était plus grand que son père maintenant.
Sa toge noire lui donnait une gravité qu’elle ne lui connaissait pas.
Il avançait avec ses camarades, le visage éclairé par ce sourire retenu qu’il avait depuis l’enfance lorsqu’il était fier mais essayait de ne pas le montrer.
Puis il regarda le premier rang.
Marc leva la main.
Élise sourit largement.
Le sourire de Théo s’effaça.
Son regard se déplaça sur les sièges voisins.
Il chercha encore.
Claire sentit son cœur battre plus vite.
Puis ses yeux atteignirent le fond de la salle.
Ils se trouvèrent.
Théo ralentit d’un demi-pas.
Claire lui adressa un petit signe de la main, comme pour dire : tout va bien.
Il connaissait trop bien ce geste.
Elle l’avait utilisé devant les médecins, les