vraiment. »
Élise ne répondit pas.
« Ce n’est pas la place.
C’est que tu voulais être vue à cette place. »
Claire observa le visage d’Élise changer.
La colère disparut une seconde, remplacée par quelque chose de plus fragile.
« Tu ne comprends pas », dit-elle.
« Alors explique. »
Elle regarda Marc, puis Claire.
« Depuis que j’ai épousé ton père, quoi que je fasse, je suis la nouvelle femme.
Celle qui est arrivée après.
Aux anniversaires, aux fêtes, partout, il y a toujours cette histoire avant moi.
J’en avais assez d’être une invitée dans ma propre famille. »
Pour la première fois, Claire comprit le moteur derrière son comportement.
Cela ne l’excusait pas.
Mais c’était humain.
Élise avait voulu effacer Claire parce que sa présence lui rappelait qu’elle ne pouvait pas réécrire ce qui existait avant elle.
Théo répondit calmement : « Tu aurais pu construire ta propre place.
Tu n’avais pas besoin de voler la sienne. »
Élise baissa les yeux.
Marc ne dit rien.
Théo fouilla alors dans la poche intérieure de sa veste et sortit une enveloppe crème.
« Il y a autre chose. »
Claire fronça les sourcils.
Elle connaissait cette expression.
Théo avait pris une décision.
« J’ai accepté l’offre de l’université de Strasbourg. »
Claire ouvrit grand les yeux.
Il avait hésité entre Strasbourg et une école privée près de Marc.
Marc, lui, devint livide.
« Strasbourg ? »
« Oui. »
« Mais on avait parlé de l’autre programme.
J’ai déjà contacté des gens. »
« Tu en avais parlé.
Moi, j’avais dit que je réfléchissais. »
Théo tendit l’enveloppe à Claire.
« J’ai une bourse complète.
Frais, logement, tout. »
Claire porta une main à sa bouche.
« Théo… »
« Je voulais te le dire ce soir. »
Ses yeux brillèrent.
« Je ne voulais pas que tu prennes encore des gardes supplémentaires pour moi. »
Claire sentit alors quelque chose céder en elle.
Pendant des années, chaque réussite de Théo avait été accompagnée d’un nouveau calcul : combien coûterait l’étape suivante ? Combien de nuits ? Combien d’heures ? Qu’est-ce qu’elle pouvait reporter ?
Pour la première fois, son fils venait de lui annoncer une bonne nouvelle qui ne cachait pas une facture derrière elle.
Elle le prit dans ses bras.
« Tu l’as méritée. »
« On l’a méritée un peu tous les deux. »
« Non », dit-elle en reculant.
« Celle-là, elle est à toi. »
Marc regardait l’enveloppe.
« Tu aurais pu m’en parler. »
Théo se tourna vers lui.
« J’allais le faire.
Mais il faut que tu comprennes quelque chose.
Je ne pars pas pour te punir.
Je ne choisis pas Strasbourg contre toi.
Je choisis l’endroit où je veux aller. »
Marc sembla vouloir répondre, puis abandonna.
Après quelques secondes, il dit simplement : « J’ai été lâche ce matin. »
Claire le regarda, surprise.
Il continua : « Élise m’a dit ce qu’elle voulait faire.
Je savais que c’était mauvais.
J’ai laissé faire parce que je voulais éviter une dispute avec elle.
Et j’ai créé quelque chose de pire. »
Théo ne le libéra pas immédiatement de sa culpabilité.
« Oui. »
Marc hocha la tête.
« Je suis désolé.
À toi aussi, Claire. »
Elle resta silencieuse.
Puis