vous parlez. »
« Alors je vais l’aider.
Demande à ton père pourquoi il s’appelait encore Gérard Vassel l’année de l’incendie. »
Damien fronça les sourcils.
« Vassel ? »
Gérard ferma les yeux.
Damien s’approcha de lui.
« Papa, c’est quoi cette histoire ? »
Trois coups frappèrent à la porte.
Étienne regarda Clara.
« Tu peux ouvrir les yeux. »
La porte s’ouvrit.
Une femme aux cheveux noirs attachés entra la première.
Elle portait un manteau sombre au-dessus d’une tenue civile.
Deux policiers la suivaient.
Derrière eux apparut Maître Inès Fabre.
Le soulagement fut si brutal que Clara dut se retenir de pleurer.
Inès s’approcha du lit.
« Comment allez-vous ? »
Clara regarda Lucie.
« Je tiens. »
La femme se présenta comme la commandante Sofia Renaud.
Elle regarda Damien.
« Monsieur Delcourt, nous allons avoir besoin de vous poser plusieurs questions concernant des faits survenus aujourd’hui. »
Damien rit.
« Sur la parole de ma femme ? »
Sofia désigna discrètement la veilleuse en forme de lune.
« Pas uniquement. »
Le visage de Damien changea.
Son regard passa de l’objet à Clara.
« Tu m’as enregistré ? »
Clara ne répondit pas.
Gérard, lui, ne semblait même pas intéressé par la caméra.
Il fixait la chemise transparente que Sofia venait de déposer sur la table.
À l’intérieur se trouvait une enveloppe ancienne, jaunie, dont un coin était noirci.
« Non », murmura Gérard.
Étienne s’approcha.
« Si. »
« Tu avais promis. »
« J’avais promis de ne pas l’ouvrir tant que ma famille resterait hors de danger. »
Damien se tourna vers son père.
« C’est quoi, cette enveloppe ? »
Gérard ne répondit pas.
Sofia enfila une paire de gants et ouvrit la chemise de protection.
« Elle contient des copies contemporaines de registres de Port-Serein, ainsi que plusieurs documents originaux. »
Damien éclata de rire, mais le son manquait de conviction.
« Vous débarquez ici pour une histoire vieille de trente ans ? »
« Vingt-huit », corrigea Étienne.
Puis il regarda Clara.
« Je suppose que le moment est venu de tout raconter. »
À Port-Serein, Étienne n’était pas officier.
Il était technicien spécialisé dans les réseaux électriques embarqués et les installations de sécurité.
Il avait vingt-neuf ans.
Gérard Vassel, lui, travaillait comme intermédiaire pour une société privée qui fournissait des équipements au site.
Pendant plusieurs mois, des anomalies avaient été signalées : des pièces achetées en double, des stocks qui ne correspondaient pas aux factures, des équipements déclarés inutilisables puis revendus par l’intermédiaire de sociétés civiles.
L’homme qui avait découvert l’ampleur du problème n’était pas Étienne.
C’était le père de Clara.
Julien Morel.
À l’époque, il effectuait une mission temporaire d’audit pour un sous-traitant.
Une nuit, il avait appelé son frère Étienne.
« Viens voir ça.
Maintenant. »
Dans une petite salle administrative, Julien lui avait montré plusieurs registres.
Les mêmes numéros de série apparaissaient sur des factures différentes.
Des sociétés apparemment sans lien partageaient les mêmes coordonnées bancaires.
Et au bas de plusieurs autorisations figurait le nom de Gérard Vassel.
« Il faut prévenir quelqu’un », avait dit Étienne.
« J’ai essayé », avait répondu Julien.
« Demain matin, ces dossiers risquent de ne plus exister. »
Quelques heures plus tard, l’incendie avait commencé.
Étienne se souvenait encore de