Lorsque le minibus s’arrêta devant les grilles du Domaine des Terrasses d’Orme, Nora Bellamy comprit que son mari avait déjà choisi son camp.
Elle ne le comprit pas lorsque sa belle-sœur renversa du vin sur sa robe.
Ni lorsque Sabine Lemaire, sa belle-mère, plaisanta devant toute la famille sur ses sandales achetées dans une petite boutique de quartier.
Ce fut le regard d’Hugo qui lui donna la réponse.
Il ne semblait ni surpris ni scandalisé lorsque sa mère ordonna au chauffeur d’ouvrir la porte.
Il semblait seulement ennuyé.
« Descends, Nora », murmura-t-il.
Elle le fixa.
« Pardon ? »
Sabine se pencha depuis le siège avant.
À cinquante-neuf ans, elle possédait cette élégance soigneusement travaillée qui faisait croire aux inconnus qu’elle n’avait jamais élevé la voix de sa vie.
Tailleur crème, lunettes sombres, parfum floral coûteux.
Elle pouvait vous insulter avec le ton d’une femme proposant du thé.
« Le week-end est important pour nous », dit-elle.
« Nous devons rencontrer des gens qui comptent.
Et après ton numéro de ce matin, nous avons décidé qu’il valait mieux que tu rentres. »
« Mon numéro ? »
Amélie, la sœur d’Hugo, leva les yeux de son téléphone.
« Ne recommence pas.
Tout le monde a vu que tu voulais gâcher l’ambiance. »
Nora regarda la large tache rouge qui descendait encore sur le côté de sa robe bleu pâle.
« Tu m’as renversé ton verre dessus. »
« Accidentellement. »
Un sourire passa sur les lèvres d’Amélie.
Sabine soupira.
« Voilà.
Toujours cette manie de te poser en victime. »
Nora se tourna vers Hugo.
Elle attendait une seule phrase.
Pas un grand discours.
Pas une confrontation héroïque.
Seulement : elle reste avec moi.
Mais son mari passa une main sur son front.
« Nora, s’il te plaît.
Ne rends pas ça plus difficile. »
Cette phrase fit plus mal que les rires.
Elle descendit.
Le chauffeur referma la porte.
Sabine baissa sa vitre avant que le véhicule reparte.
« Tu peux rentrer à pied », lança-t-elle.
« L’air de ton ancien quartier te rappellera peut-être d’où tu viens. »
Quelques rires étouffés s’élevèrent derrière elle.
Puis le minibus s’éloigna entre les pins parasols, soulevant une poussière blanche sur la route privée.
Nora resta immobile sous le grand portail de pierre.
À gauche, au-delà des jardins, la Méditerranée étincelait sous le soleil de fin d’après-midi.
À droite s’étendaient les bâtiments couleur sable du domaine : quarante-sept suites, douze villas, deux restaurants, un spa, une plage privée et une salle de réception que les magazines spécialisés citaient régulièrement parmi les plus belles de la côte.
Sabine avait passé tout le trajet à expliquer à quel point l’endroit était exclusif.
Elle avait même conseillé à Nora de ne pas demander les prix des chambres, de peur de se sentir mal.
Nora avait laissé dire.
Un agent de sécurité sortit du poste de garde.
Il avait une quarantaine d’années, le visage inquiet de quelqu’un qui venait d’assister à une scène privée sans savoir s’il devait intervenir.
« Madame ? Tout va bien ? »
Nora regarda une dernière fois la route vide.
« Je crois que oui. »
Ses mains étaient glacées malgré la chaleur.
L’agent désigna son téléphone.
« Je peux demander un taxi pour vous.
Le village est assez loin