à pied. »
« Merci.
Mais pourriez-vous d’abord vérifier ceci ? »
Elle sortit de son portefeuille une carte d’accès noire, sans inscription extérieure, puis lui tendit sa pièce d’identité.
L’homme passa la carte devant son terminal.
Le voyant devint vert.
Une fenêtre apparut sur son écran.
Son visage changea.
« Madame Bellamy ? »
« Oui. »
Il regarda encore l’écran comme s’il craignait une erreur.
Puis il se redressa.
« Je vous prie de m’excuser.
Je ne vous avais jamais rencontrée. »
Sa radio grésilla.
« Poste principal, ici direction générale.
Confirmez-vous l’arrivée de Mme Bellamy ? »
L’agent appuya aussitôt sur son micro.
« Confirmé.
Elle est avec moi. »
« Faites-la entrer immédiatement. »
Nora entendit presque la panique contenue dans la voix d’Étienne Valette, directeur général du domaine.
Son téléphone vibra au même moment.
Un message d’Hugo apparut.
Ne fais pas de scène.
Rentre à la maison.
On parlera dimanche.
Elle le lut deux fois.
Trois années de mariage résumées en quatorze mots.
Hugo n’était pas cruel lorsqu’ils s’étaient rencontrés.
C’était justement ce qui rendait la situation si difficile à accepter.
À trente ans, il travaillait comme architecte d’intérieur dans un cabinet lyonnais.
Il avait aimé le fait que Nora ne cherche jamais à impressionner personne.
Elle portait des vêtements simples, prenait le train en seconde classe et préférait les petits restaurants aux lieux où il fallait réserver trois mois à l’avance.
Il disait que cela le reposait de sa famille.
Puis, peu à peu, il avait cessé de se moquer de l’obsession sociale des Lemaire.
Il avait commencé à s’y adapter.
Ensuite à la défendre.
Enfin à la reproduire.
Sabine dirigeait Maison Lemaire, une société d’organisation d’événements autrefois très prospère.
Elle se présentait comme une femme d’affaires autodidacte, même si son premier capital provenait de son père et que plusieurs mauvaises décisions récentes avaient fragilisé l’entreprise.
Depuis six mois, elle poursuivait un objectif précis : décrocher le contrat d’événementiel des Terrasses d’Orme.
Le domaine organisait mariages, retraites de dirigeants, lancements de marques et galas privés.
Le contrat représentait plusieurs millions d’euros sur trois ans.
Sabine en parlait constamment.
Elle disait connaître un administrateur.
Elle disait avoir entendu que la propriétaire principale du domaine assisterait exceptionnellement au dîner stratégique de ce samedi.
Elle disait qu’une seule bonne impression pouvait changer l’avenir de Maison Lemaire.
C’était précisément pour cela qu’elle avait exigé que toute la famille vienne passer le week-end au domaine.
Et c’était aussi pour cela qu’elle ne voulait plus de Nora dans les photos.
Une seconde notification apparut.
Cette fois, elle venait d’Étienne.
Bonsoir, Nora.
Les membres du conseil arriveront à partir de 18 h 30.
Maintenons-nous le dîner ? Mme Lemaire a également demandé vingt minutes pour présenter la candidature de sa société.
Nora leva les yeux vers les bâtiments baignés de lumière.
Trois ans plus tôt, l’endroit n’avait rien de ce décor paisible.
Les Terrasses d’Orme étaient alors au bord de la faillite.
La famille fondatrice avait accumulé les dettes après une expansion mal financée.
Les fournisseurs n’étaient plus payés à temps.
Deux bâtiments étaient fermés.
Le personnel craignait des licenciements massifs.
Nora travaillait à l’époque pour un cabinet spécialisé dans les entreprises en difficulté.
Elle avait passé près de quatre mois sur place.
Pas dans une suite avec vue sur mer.