Ils m’ont humiliée au dîner — puis les enquêteurs ont prononcé mon nom

Lorsqu’elle reçut les photos de Claire, elle demanda immédiatement à la rencontrer.

Dans un café discret de Villeurbanne, Hélène avait regardé les images pendant près de vingt minutes avant de parler.

« Ils utilisent encore votre ancien profil. »

Claire avait senti le froid lui gagner les mains.

« C’est impossible.

Il a été désactivé lorsque j’ai quitté mes fonctions. »

« Il aurait dû l’être. »

« Vous pensez que Julien fait ça ? »

Hélène n’avait pas répondu directement.

« Je pense que quelqu’un prépare une version des comptes dans laquelle votre nom apparaît beaucoup trop souvent. »

Cette phrase n’avait pas quitté Claire depuis.

Et maintenant, au restaurant, Julien venait de lui annoncer leur divorce devant témoins après avoir insisté pour qu’elle règle une dépense familiale gigantesque avec sa carte personnelle.

Quelque chose ne collait pas.

Claire se leva.

« Très bien. »

Julien fronça les sourcils.

Il avait manifestement préparé des réponses à sa colère, pas à son calme.

« C’est tout ce que tu as à dire ? »

« Pour ce soir, oui. »

Elle enfila son manteau.

Béatrice l’observait avec une attention nouvelle.

Claire comprit que sa belle-mère essayait de deviner ce qu’elle savait.

Elle ne lui donna rien.

Dehors, la pluie était devenue plus forte.

Claire marcha sans ouvrir son parapluie.

Elle traversa plusieurs rues, descendit vers les quais du Rhône, puis s’abrita finalement sous l’auvent d’une librairie fermée.

Son téléphone resta silencieux pendant cinquante-deux minutes.

Puis Julien appela.

Elle refusa.

Béatrice appela.

Puis Solène.

Julien encore.

Au sixième appel, Claire décrocha.

« Où es-tu ? » demanda Julien.

Sa voix n’était plus contrôlée.

Claire entendait derrière lui des pas rapides et plusieurs personnes qui parlaient en même temps.

« Tu m’as demandé de sortir de ta vie », répondit-elle.

« J’ai commencé. »

« Reviens au restaurant.

Maintenant. »

« Pourquoi ? »

Silence.

Puis Béatrice prit le téléphone.

« Claire, écoute-moi.

Des enquêteurs de la brigade financière sont arrivés avec des agents des finances publiques.

Ils ont des documents concernant Marceau Développement. »

Claire regarda la pluie devant elle.

« Et ? »

« Ils posent des questions sur des virements, des prestataires et des autorisations. »

La voix de Béatrice se brisa légèrement.

Pour la première fois depuis que Claire la connaissait, cette femme avait peur.

« Ils ont demandé à parler à Claire Delmas. »

Delmas.

Son nom de naissance.

Claire sentit immédiatement que ce détail comptait.

Elle raccrocha sans promettre de revenir.

Moins de cinq minutes plus tard, une berline grise se gara de l’autre côté de la rue.

Hélène Roussel en sortit.

« Ils sont arrivés plus tôt que prévu », dit-elle en rejoignant Claire.

« Vous saviez qu’ils viendraient ? »

« Je savais qu’une procédure était en cours.

Je ne savais pas qu’ils interviendraient ce soir. »

Claire la fixa.

« Vous leur avez transmis mes photos ? »

« Non.

Votre avocate et moi avons décidé d’attendre avant de transmettre vos éléments.

Ils avaient déjà suffisamment de choses pour ouvrir leurs propres vérifications. »

Claire fronça les sourcils.

« Alors pourquoi connaissent-ils mon nom ? »

Hélène ouvrit son sac et sortit une enveloppe.

« Parce que votre nom figurait dans cette histoire avant même que vous découvriez le dossier. »

Sous l’auvent,

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