quitta la maison avec sa fille.
Dans la voiture, Élodie resta silencieuse pendant plusieurs minutes.
« Tu veux venir dormir chez moi ? » demanda Gérard.
Elle acquiesça.
« Juste pour ce soir. »
Il ne lui demanda aucune explication supplémentaire.
En démarrant, il vit Madeleine sortir sur le perron.
Elle leva la main pour le saluer.
Trois jours plus tard, Gérard reçut un appel d’elle.
L’analyse du bois avait confirmé que la petite boîte provenait effectivement d’une des pièces fabriquées par son grand-père.
La boutique avait acheté plusieurs fragments à un revendeur spécialisé.
Les documents de provenance remontaient à un dépôt appartenant autrefois à une société liée à un ancien associé de Philippe.
L’affaire ne prouvait pas encore un vol.
Mais elle suffisait à rouvrir des questions que certains auraient préféré laisser enterrées.
Le conseil de Vasseur Participations suspendit les négociations de rachat pendant un audit complémentaire.
Philippe ne perdit pas son entreprise à cause d’une boîte en bois, contrairement aux rumeurs qui circulèrent plus tard.
La réalité fut moins spectaculaire et plus crédible : l’audit révéla des pratiques de gestion opaques, plusieurs conflits d’intérêts non déclarés et des opérations que le groupe Vasseur jugea incompatibles avec ses exigences de gouvernance.
Le rachat fut finalement conclu quatre mois plus tard, mais Philippe ne conserva pas la direction régionale.
Il partit avec une indemnité négociée et beaucoup moins d’influence qu’il ne l’avait imaginé.
Quant au meuble ancien, l’enquête établit qu’il n’avait probablement jamais brûlé.
Un responsable logistique de l’époque avait détourné plusieurs pièces avant l’incendie et les avait revendues progressivement.
Philippe n’avait pas organisé le vol, mais des courriels retrouvés montrèrent qu’il avait eu connaissance d’irrégularités dans l’inventaire et avait préféré ne pas poser de questions afin d’éviter un scandale avec l’assureur.
Madeleine ne porta pas d’accusation personnelle spectaculaire contre lui.
Elle fit simplement ce qu’elle avait annoncé : elle jugea son caractère autant que ses résultats.
Pendant ce temps, Élodie resta deux semaines chez son père.
Marc l’appela chaque jour.
Les premières conversations furent mauvaises.
Il tenta d’expliquer la pression professionnelle, l’importance du dîner, les attentes de ses parents.
Élodie lui répondit toujours la même chose :
« Ce sont des explications.
Pas des excuses. »
Un soir, près de trois semaines après l’anniversaire, Marc vint frapper à la porte de Gérard.
Il n’avait pas de costume.
Pas de fleurs.
Pas de cadeau.
Seulement un sac en papier contenant deux cafés.
Gérard ouvrit sans sourire.
« Élodie n’est pas là. »
« Je sais.
Je suis venu vous voir. »
Gérard hésita, puis le laissa entrer.
Marc regarda l’appartement.
La petite table, les photographies de Claire, les livres empilés près de la fenêtre.
Il avait déjà été là deux fois auparavant, mais toujours avec l’air de quelqu’un attendant l’heure de repartir.
Cette fois, il s’assit.
« Je ne vais pas vous demander de me pardonner », dit-il.
« C’est nouveau. »
Marc accepta la remarque.
« Toute ma vie, j’ai vu mon père traiter les gens selon ce qu’ils pouvaient faire pour lui.
Je pensais être différent. »
Gérard prit son café.
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je sais que je lui ressemble davantage que je ne voulais l’admettre. »
Un long silence suivit.
« Pourquoi m’as-tu vraiment demandé de partir ? » demanda Gérard.
Marc passa