une main sur son visage.
« Parce que j’avais peur que les invités vous voient et pensent que… »
Il s’arrêta.
« Que quoi ? »
« Que vous n’étiez pas à votre place. »
Gérard hocha la tête.
« Non.
Ce n’est pas exactement ça. »
Marc releva les yeux.
« Tu avais peur qu’ils voient que tu étais lié à quelqu’un que toi-même tu considérais comme inférieur. »
Marc resta silencieux.
« Oui », finit-il par dire.
Cette réponse, aussi laide soit-elle, fut la première chose sincère que Gérard entendit de lui depuis longtemps.
« Ça peut changer ? » demanda Marc.
« Je ne sais pas. »
« Élodie pense partir. »
« Alors parle-lui comme tu viens de me parler.
Sans chercher une excuse qui te rende plus beau. »
Marc acquiesça.
Il repartit vingt minutes plus tard.
Gérard ne demanda jamais à sa fille les détails des mois qui suivirent.
Il sut seulement qu’Élodie et Marc commencèrent une thérapie de couple, puis décidèrent de vivre séparément quelque temps.
Ils ne se réconcilièrent pas rapidement.
Marc dut reconstruire quelque chose que l’argent de sa famille ne pouvait pas acheter : la confiance.
Un dimanche de printemps, presque huit mois après cette soirée, Gérard ouvrait la porte de son garage associatif lorsqu’une voiture sombre se gara devant l’entrée.
Madeleine Vasseur descendit.
« Cette fois, elle fonctionne », annonça-t-elle.
Gérard sourit.
« Vous progressez. »
Elle lui tendit une petite enveloppe.
« Je ne prends toujours pas d’argent pour cette réparation. »
« Ce n’est pas de l’argent. »
À l’intérieur se trouvait une photographie ancienne.
On y voyait un homme devant un atelier de menuiserie, une grande armoire derrière lui.
Sur le bois était gravé le même emblème que celui de la petite boîte offerte à Hélène.
« Mon grand-père », expliqua Madeleine.
« Nous avons récupéré deux des trois meubles.
Le troisième avait été découpé.
Votre cadeau nous a donné la piste qui manquait. »
Gérard regarda la photo.
« Drôle de chaîne d’événements. »
« Vous savez ce que j’ai trouvé le plus étrange ? » demanda-t-elle.
« Quoi donc ? »
« Si vous aviez su qui j’étais sur cette route, Philippe Delcourt aurait probablement prétendu que vous m’aviez aidée par intérêt. »
Gérard rit doucement.
« Heureusement que je ne lis pas les magazines économiques. »
Madeleine sourit.
Avant de partir, elle regarda les adolescents qui travaillaient dans le garage.
Gérard donnait bénévolement des cours de mécanique deux samedis par mois à des jeunes en décrochage scolaire.
« Vous faites ça depuis longtemps ? »
« Quelques années. »
« Ils sont payants, ces cours ? »
« Non. »
Elle leva un sourcil.
« Décidément. »
Deux mois plus tard, une fondation liée au groupe Vasseur finança de nouveaux équipements pour l’atelier.
Gérard protesta lorsqu’il apprit l’origine du don.
Madeleine répondit simplement :
« Ce n’est pas pour vous.
C’est pour eux.
Vous m’avez appris à regarder qui aide quand personne ne regarde. »
À l’automne suivant, Élodie invita son père à déjeuner.
Marc était avec elle.
Il semblait nerveux.
« Nous essayons de recommencer », expliqua Élodie.
Gérard regarda sa fille.
Elle paraissait plus légère qu’un an auparavant.
« Alors recommencez bien », dit-il.
Marc sortit quelque chose de sa poche.