Elle m’a chassée — puis elle a découvert qui possédait vraiment la maison

sous le même toit. »

Je regardai Romain.

« Tu es d’accord ? »

Il se frotta la nuque.

« Ce n’est pas contre toi, maman. »

Cette phrase me fit presque sourire.

Les gens disent souvent cela juste avant de faire quelque chose qui vous concerne entièrement.

Camille poursuivit :

« Il existe une résidence très agréable près du centre.

Ce n’est pas une maison de retraite.

Tu aurais ton appartement, des activités, des gens de ton âge… »

« J’ai soixante-trois ans. »

« Je sais.

Ce n’est pas une question d’âge. »

« Alors pourquoi ne partez-vous pas, vous ? »

Son expression se durcit.

« Parce que notre vie est ici maintenant. »

Notre vie.

J’entendis Marc dans ma mémoire rire devant un morceau de papier peint mal posé.

J’entendis Romain courir dans l’escalier à huit ans.

Je revis ma grand-mère tailler les rosiers avec son vieux tablier vert.

Camille observait la maison comme si son histoire avait commencé le jour où elle avait posé son premier vase sur la console.

Elle poussa le sac vers moi.

« Je ne veux pas que ça devienne laid.

Prends ce qui compte pour toi. »

Je posai la main sur l’anse.

« Ce qui m’appartient ? »

« Oui. »

Je hochai la tête.

« Très bien. »

Elle parut surprise par ma facilité.

Je montai dans ma chambre et commençai par les choses évidentes : vêtements, papiers personnels, bijoux, photographies, lettres de Marc.

Dans le dernier tiroir de ma commode se trouvait une boîte en métal cabossée contenant des tickets de cinéma, deux cartes postales, une mèche de cheveux de Romain lorsqu’il était bébé et le petit carnet où Marc notait chaque réparation effectuée dans la villa.

Je pris tout.

Quand je redescendis, Camille discutait avec quelqu’un au téléphone.

« Non, tout sera prêt pour demain », disait-elle.

« Aucun problème. »

Elle raccrocha en me voyant.

« Tu as terminé ? »

« Pas encore. »

Je traversai le salon et décrochai deux lithographies botaniques qui avaient appartenu à ma grand-mère.

Camille fronça les sourcils.

« Attends.

Celles-là restent. »

« Pourquoi ? »

« Elles font partie de la pièce. »

« Elles faisaient partie de la chambre de ma grand-mère bien avant que cette pièce ressemble à ça. »

Je les posai près de la porte.

Je pris ensuite un service en faïence, une petite sculpture de cheval, un plateau en cuivre et quatre livres anciens que Camille utilisait régulièrement comme accessoires sous des bougies.

Chaque objet retiré semblait lui provoquer une irritation disproportionnée.

« Tu n’as pas besoin de tout ça », finit-elle par dire.

« Ce n’était pas la règle.

Tu as dit ce qui m’appartient, pas ce dont j’ai besoin. »

Romain entra dans le salon.

« Maman, tu vois bien ce qu’elle veut dire. »

« Oui », répondis-je.

« Pour la première fois, je crois que je le vois très bien. »

Dans la bibliothèque se trouvait un secrétaire en noyer restauré par Marc.

Il avait passé presque quatre mois dessus.

Il avait décapé chaque panneau, réparé une charnière et reconstruit un petit tiroir disparu.

Depuis deux ans, Camille s’en servait pour mettre en scène ses photos.

Je pris mon téléphone et appelai Thierry, un ancien collègue de Marc

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