Sa voix avait perdu toute douceur.
« Tu as loué ma maison ? »
« Ce n’est pas ce que tu crois. »
« Six semaines. »
Elle s’approcha.
« C’est un partenariat.
Il rapporte énormément.
Ça aurait bénéficié à tout le monde. »
« Alors pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? »
Elle serra les lèvres.
Romain apparut derrière elle.
« De quoi vous parlez ? »
Je lui tendis le contrat.
Il lut la première page.
Puis la deuxième.
Son visage se vida de sa couleur.
« Camille… »
« Je comptais t’expliquer. »
« Tu as dit que maman avait accepté de partir quelques semaines. »
Je tournai lentement la tête vers lui.
« Tu savais qu’un tournage devait avoir lieu ? »
« Je savais qu’elle avait une opportunité.
Pas ça.
Pas cette somme.
Et certainement pas… »
Il regarda ma fausse signature.
« Qui a signé ? »
Camille ne répondit pas.
À cet instant, une voiture noire s’arrêta devant la maison.
Mon téléphone sonna.
Un homme se présenta comme Antoine Delmas, directeur de production.
Il était devant la propriété pour la visite technique prévue à seize heures.
Je lui demandai d’entrer.
Camille essaya immédiatement de m’en dissuader.
« Ne fais pas ça devant eux. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’on peut régler ça entre nous. »
« Tu as déjà fait entrer d’autres personnes dans cette histoire. »
Antoine arriva avec une productrice et un technicien.
Camille reprit instantanément son masque professionnel.
« Désolée pour la confusion », dit-elle.
« Nous avons un problème familial de dernière minute. »
Je tendis le document à Antoine.
« Je suis Évelyne Vautrin.
Je suis la propriétaire de cette maison.
Je n’ai jamais donné mon accord pour votre tournage et cette signature n’est pas la mienne. »
Antoine regarda Camille.
« Vous nous avez déclaré être habilitée à signer. »
« Je gère la maison », répondit-elle.
« Mon mari est l’héritier. »
Je ressentis une colère froide.
« Je ne suis pas morte. »
Romain ferma les yeux une seconde.
Antoine me demanda si je pouvais établir que la propriété était bien à mon nom.
Je récupérai le dossier de la maison.
La villa m’avait été léguée par ma grand-mère avant mon mariage.
Le titre était clair.
Après quelques minutes, Antoine referma le dossier.
« Dans ces conditions, nous suspendons le projet immédiatement. »
Camille fit un pas vers lui.
« Vous ne pouvez pas faire ça la veille du tournage. »
« Nous ne pouvons surtout pas investir davantage dans un lieu pour lequel nous n’avons pas l’autorisation du propriétaire. »
« J’ai déjà engagé les prestataires. »
« Ce sera à traiter avec notre service juridique. »
La productrice ajouta calmement :
« Il faudra également clarifier la question de l’acompte. »
Camille ne répondit pas.
Après leur départ, elle resta au milieu de l’entrée.
« Tu viens de ruiner des mois de travail », me dit-elle.
« Tu as bâti ces mois de travail sur une permission que tu n’avais pas. »
« J’allais te donner une partie de l’argent. »
« Avec ma propre maison ? »
Elle se tourna vers Romain.
« Dis quelque chose. »
Cette fois, il ne regarda pas le sol.
« J’aimerais savoir pourquoi