tu avais besoin de cet argent au point de falsifier sa signature. »
Camille ouvrit la bouche, puis la referma.
Son téléphone vibra.
Elle le consulta.
Je vis son visage changer.
Le premier partenaire avait appris l’annulation.
Puis un deuxième.
À dix-sept heures, une marque de mobilier suspendit une campagne prévue avec elle.
À dix-sept heures trente, son agent demanda une réunion d’urgence.
Ce n’était pas moi qui appelais ces gens.
Ce n’était pas nécessaire.
Camille avait construit une activité basée sur la confiance, l’image et la certitude qu’elle contrôlait les lieux qu’elle présentait comme les siens.
Il avait suffi que la première certitude s’effondre pour que les autres commencent à trembler.
Pendant ce temps, Thierry terminait de charger mes meubles.
Le contraste avait quelque chose d’étrange : dehors, les hommes enveloppaient soigneusement mon secrétaire dans une couverture ; dedans, Camille marchait de pièce en pièce avec son téléphone, essayant de maintenir debout une vie virtuelle qui lui échappait.
À dix-huit heures, je pensais que nous avions atteint le fond.
Romain monta dans le bureau.
Il cherchait, disait-il, les factures liées au tournage.
Il resta longtemps à l’étage.
Lorsqu’il redescendit, il tenait une enveloppe grise.
« Camille. »
Elle s’immobilisa.
Il posa plusieurs feuilles sur la table.
« C’est quoi, ça ? »
Elle ne répondit pas.
Je m’approchai.
Il s’agissait d’un emprunt professionnel garanti personnellement par Romain.
Montant : soixante-deux mille euros.
« Je n’ai jamais signé ça », dit-il.
Camille inspira profondément.
« Tu m’avais donné accès à tes documents. »
« Pour notre déclaration fiscale.
Pas pour contracter un emprunt. »
« Je devais sauver la société. »
« En utilisant mon nom ? »
Elle leva enfin les yeux.
Toute son arrogance avait disparu.
« J’allais tout rembourser avec le contrat de la maison. »
Alors nous comprîmes.
Le tournage n’était pas une opportunité exceptionnelle.
C’était une bouée de sauvetage.
Camille avait développé son entreprise trop vite.
Elle avait loué un espace de stockage, recruté deux personnes, commandé du mobilier pour une collection qui s’était mal vendue et payé des campagnes publicitaires coûteuses pour conserver l’apparence d’une croissance continue.
Quand les factures avaient commencé à s’accumuler, elle n’avait pas réduit les dépenses.
Elle avait essayé de fabriquer davantage de réussite.
« Pourquoi tu ne m’as rien dit ? » demanda Romain.
Sa voix était basse.
Camille essuya ses joues, mais ne joua pas la victime.
« Parce que tu m’aurais demandé d’arrêter. »
« Peut-être. »
« Et je ne pouvais pas.
Tout le monde pensait que ça marchait.
Les marques, mes abonnés, mes parents… même toi. »
Elle regarda autour d’elle.
« Cette maison faisait partie de l’image.
Les gens voulaient ce qu’ils voyaient ici.
Les photos, les pièces, le jardin.
Quand Antoine a proposé cette somme, j’ai cru que je pouvais réparer le reste avant que personne ne découvre quoi que ce soit. »
Je compris son raisonnement.
Je ne l’acceptai pas.
Il y a une différence importante entre comprendre la peur de quelqu’un et lui permettre de vous faire payer pour cette peur.
« Et pour ça, il fallait que je disparaisse », dis-je.
Camille baissa les yeux.
« Six semaines seulement. »
« Tu m’as donné un sac et tu m’as expliqué que ma présence était devenue un problème. »
Elle ne