était votre mère ? »
Victor ne répondit pas.
« Alors ouvrez ce coffre. »
La banque n’était plus une banque publique depuis longtemps.
Le bâtiment, transformé en société de conservation privée, fonctionnait vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour certains clients.
Victor passa deux appels.
Vingt minutes plus tard, ils traversaient Paris dans deux voitures sous une pluie battante.
Élise aurait pu rentrer chez elle.
Elle aurait dû.
Son rôle de fausse épouse était terminé.
Mais lorsqu’elle tenta de le dire à Victor dans la voiture, il répondit sans la regarder :
« Restez. »
Un seul mot.
Pas un ordre exactement.
Presque une demande.
Elle resta.
Le coffre numéro 317 se trouvait derrière trois portes métalliques et un couloir silencieux.
La clé fonctionna.
À l’intérieur, il n’y avait ni argent ni bijoux.
Seulement une boîte en bois sombre.
Victor la sortit.
Ses doigts étaient parfaitement stables.
Mais Élise vit la tension de sa mâchoire.
Dans la boîte se trouvaient des lettres, un certificat de naissance, plusieurs photographies et une cassette audio ancienne.
Victor prit le certificat.
Le document portait son prénom.
Victor Étienne Delcourt.
Date de naissance : 18 décembre 1990.
Mère biologique : Marianne Vernier.
Père : non déclaré.
Victor resta immobile.
Antoine Vernier s’assit brutalement sur le banc derrière lui.
Claire lui posa une main sur l’épaule.
« Elle avait un fils », murmura-t-il.
Victor fixa le papier.
« Moi. »
Élise ne savait pas quoi dire.
Alors elle ne dit rien.
Victor fouilla dans les lettres.
La plupart étaient écrites par Marianne à Étienne Delcourt.
La vérité apparut lentement.
Étienne n’était pas le père de Victor.
Il avait aidé Marianne à cacher sa grossesse après qu’elle eut une liaison avec un homme marié appartenant à une famille rivale.
Cet homme avait refusé de reconnaître l’enfant et menacé Marianne lorsqu’elle avait voulu partir.
Étienne et son épouse Isabelle, qui ne pouvaient pas avoir d’enfant, avaient proposé d’élever le bébé comme le leur pour le protéger.
Marianne avait accepté temporairement.
Puis les années avaient passé.
Victor avait grandi en croyant Isabelle sa mère.
Marianne, elle, était restée à proximité sous couvert d’un emploi administratif.
Jusqu’à sa disparition.
La dernière lettre était différente.
Elle n’était pas adressée à Étienne.
Elle était adressée à Victor.
Ses mains tremblèrent légèrement lorsqu’il l’ouvrit.
Élise se détourna, lui laissant une intimité qu’aucune porte ne pouvait lui offrir.
Mais Victor lut à voix haute.
« Si tu lis ceci, c’est probablement que je n’ai pas réussi à te raconter moi-même pourquoi je suis restée si longtemps près de toi sans pouvoir te prendre dans mes bras comme une mère… »
Sa voix se brisa.
Il s’arrêta.
Antoine baissa la tête.
Victor reprit.
Marianne y expliquait qu’elle avait voulu révéler la vérité lorsque Victor aurait dix-huit ans.
Elle craignait cependant l’homme qui était son père biologique, un homme suffisamment puissant pour considérer l’existence de Victor comme une menace politique et financière.
Elle avait découvert qu’il préparait quelque chose contre Étienne Delcourt.
Elle avait commencé à rassembler des preuves.
Puis la lettre s’interrompait sur une phrase :
Si quelque chose m’arrive, cherche le dossier rouge chez Étienne.
Ne fais confiance à personne portant le nom…
Le dernier mot avait été arraché.
Victor referma la lettre.
« Il manque la fin. »
Vernier se leva.
« Le dossier